
La crainte du détachement de certaines régions du Congo est un chiffon rouge permanent dans l’imaginaire politique congolais. Patrice Lumumba en fut le premier agitateur lorsqu’en juillet 1960, face à la sécession du Katanga, il s’insurgea contre un supposé « plan de balkanisation mis en œuvre contre le Congo ». Depuis, le spectre de la division est brandi à chaque crise. L’Occident en serait le commanditaire.
Mais la RDC n’est-elle pas déjà balkanisée de fait, par elle-même ?
En réalité, chaque province du Congo, particulièrement à l’est, vit déjà en autarcie par rapport aux autres et à Kinshasa du fait de la distance qui les sépare, du manque de routes pour les relier, de l’insuffisante présence de l’Etat et des services publics. Dans ce pays-continent dont la capitale est à l’extrême ouest, les régions éloignées trouvent leurs débouchés dans les pays voisins qui ont pour la plupart de meilleurs infrastructures, et leurs capitales plus accessibles. Ils s’y tournent naturellement pour obtenir des services tels que l’enseignement supérieur, la médecine de qualité, les aéroports pour les vols long courrier, l’industrie ou encore le transit commercial des produits miniers ou agricoles qu’ils exportent. C’est également de ces pays voisins qu’Ils importent en transit les produits en provenance d’Asie, d’Europe, d’Amérique et d’Afrique du Sud : textiles, électronique, médicaments, farine de blé, pièces détachées et voitures. A telle enseigne qu’à l’est circulent plus de voitures avec le volant à l’anglaise comme chez leurs voisins anglophones, qu’à gauche comme le veut la loi du pays. Le trafic officiel – comme le moins officiel – des minerais doit aussi passer par la Zambie, le Rwanda, l’Ouganda, l’Angola. Kinshasa et le port de Matadi étant hors de portée. Le seul coupable est le manque d’infrastructures pour intégrer le pays et lui donner sens.
Aussi, la balkanisation et le fédéralisme qui est considéré comme une de ses étapes sont souvent dénoncés par les Congolais de l’Ouest et de Kinshasa, zones dépourvues de matières premières mais qui sont celles qui en bénéficient le plus grâce à la concentration du pouvoir et des administrations à la capitale. A l’est où la dépendance à Kinshasa n’apporte aucun avantage, pas même le minimum sécuritaire en droit d’être attendu, les velléités séparatistes sont bien difficiles à étouffer.
Hervé Mahicka, expert en gouvernance et stratégie de développement.Ac
