Le FCFA n’est pas une contrainte commerciale

Non, le franc CFA ne contraint pas les pays africains à commercer avec la France

Un article récent de TRT Afrika affirme que « le franc CFA contraint les pays francophones d’Afrique à commercer en priorité avec la France ».

Cette affirmation est factuellement fausse et économiquement infondée.

Soyons clairs : critiquer le FCFA est légitime. Mais le critiquer avec de mauvais arguments affaiblit le débat africain.

1. Aucun mécanisme du FCFA n’impose le commerce avec la France

Le franc CFA n’impose aucune préférence commerciale, n’oblige ni à importer ni à exporter vers la France et il est convertible vers toutes les devises, pas uniquement l’euro. Le FCFA est un régime monétaire, pas un accord commercial. Il ne contient ni quotas, ni tarifs préférentiels, ni clauses de destination.

Parler de « contrainte à commercer avec la France » relève de la fiction économique.

2. Les faits commerciaux contredisent totalement ce discours

Si le FCFA favorisait la France. Alors, la France serait le premier partenaire commercial des pays FCFA et sa part de marché serait dominante et stable. Or, la réalité est l’inverse. La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial de la majorité des pays de l’UEMOA. L’Inde, la Suisse, les Pays-Bas, les Émirats ou le Nigeria dominent selon les filières. La France représente souvent moins de 10 % des importations (ex. Côte d’Ivoire). On ne peut pas parler de « contrainte » quand le pays supposément favorisé perd ses parts de marché. C’est de l’utopie.

3. Confusion entre héritage colonial et régime monétaire

Le texte de TRT mélange trois choses différentes: La présence historique d’entreprises françaises, la faiblesse des États africains régulateurs et le régime monétaire du FCFA.

Oui, certaines entreprises françaises ont longtemps bénéficié d’un avantage historique, de concessions héritées et de la faiblesse institutionnelle locale. Mais ce n’est pas le FCFA qui crée ou maintient ces situations.

La preuve : des pays non-FCFA (Nigeria, RDC, Guinée) ont aussi connu des monopoles étrangers. Des pays FCFA ont vu les entreprises françaises se faire évincer par des groupes chinois, turcs ou marocains.

4. Des exemples dépassés ou erronés

Citer CFDT, Rougier ou CFAO comme symboles d’une domination actuelle est révélateur d’un manque de rigueur :

CFDT : structure démantelée depuis longtemps ;

Rougier : groupe affaibli, loin d’un monopole continental ;

CFAO : aujourd’hui groupe japonais (Toyota Tsusho), plus français.

On ne construit pas une analyse sérieuse avec des références obsolètes.

5. Macron dit exactement l’inverse

Quand Emmanuel Macron reconnaît que « trop de groupes français se sont désinvestis de l’Afrique », il admet clairement un recul de l’influence économique française et une perte de compétitivité face à l’Asie. Cette déclaration réfute elle-même l’idée d’une Afrique contrainte de commercer avec la France.

6. Le vrai débat sur le FCFA

Le FCFA a certes des défauts dû à la parité fixe et à son arimage a l’euro, mais pas celui d’une obligation de commercer avec la France.

Conclusion

Le slogan remplace trop souvent l’analyse.

La souveraineté africaine commence par la rigueur intellectuelle. Critiquer le FCFA, oui. Le faire avec des arguments faux, non.

L’Afrique mérite mieux que des récits idéologiques. Elle mérite des diagnostics sérieux.

Nouvou Berthé

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