Clarifier l’aide au développement


Le Ministre français des partenariats internationaux, Thani Mohamed-Soilihi, a publié un article (voir en attache) dans lequel il répond aux critiques sur l’aide au développement.
Je me permets d’y apporter quelques remarques en ma triple qualité de consultant au développement, de ressortissant du continent le plus aidé et d’ancien haut fonctionnaire.

Si je partage entièrement son analyse, je sais aussi qu’en dehors de la profession plus grand monde ne comprend la logique et le fonctionnement de l’aide. Pour les Français, aider c’est donner. Appliquer l’aide au développement à la Chine (plus de 1,3 Md d’€ accordé par la France ces 10 dernières années), c’est donner à plus riche que soi. Et personne ne comprend. Mais comme il le rappelle, ce sont des prêts. Le problème est donc dans les termes. Ne faudrait-il pas mieux parler de « coopération au développement » au lieu d’aide ? Quant à l’Agence Française de Développement qu’il indique à juste titre être en réalité une banque, souffrirait-elle d’être rebaptisée « Banque Française de Développement » ? Et peut-être pour la partie don (15% des engagements) garder le nom AFD, d’ailleurs souvent compris comme « Aide » française au développement plutôt qu’Agence. Aide étant perçu comme condescendant.

En Afrique, ladite aide est composée de dons et de prêts. C’est tout ce qu’il faut pour susciter la suspicion, sur une opinion africaine devenue très susceptible. Cette aide, prêts compris, se déploie en top down c’est à dire du sommet vers les bas peuples, à travers une kyrielle de petits projets qui donnent des résultats qui ne sont lisibles que sur des tableaux de bords compris par les seuls experts. Ne serait-ce pas avec les masses qu’il faudrait définir les interventions, du moins en partie, au lieu de leur expliquer tout le bien que nous leur voulons, en compagnie de leurs gouvernements qui paraissent être nos obligés ?

Ces projets en Afrique sont axés sur le soulagement de la grande pauvreté. Ce qui est fort louable. Mais n’agissant que peu ou pas sur ce qui la provoque, à savoir le chômage, l’aide en devient perpétuelle et par conséquent impopulaire.

Le Ministre termine son propos en annonçant son intention d’aller « à la rencontre des français dans les prochains mois pour marquer cette conviction que notre politique de solidarité est un formidable outil ». S’il peut faire une petite entorse aux usages et intégrer du bottom up en écoutant la base, nous nous ferons le plaisir de lui faire part de certaines considérations collectées auprès des Français mais aussi des acteurs du développement, des gouvernements assistées ainsi que des populations concernées. Ce faisant il aura quelques éléments de plus pour [je le cite] « rendre l’aide au développement plus efficace, plus visible, plus axée encore vers les priorités des Français, et [à] mieux évaluer l’impact de nos projets ».

S’il fait suite, je reviendrai vous en faire part.Activez pour voir l’image en plus grand.

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