La dette congolaise (en français facile)

Le ministre des finances congolais, Christian Yoka, a annoncé ce 17 décembre l’augmentation de l’emprunt obligataire (eurobonds) qu’il avait effectué en novembre dernier, de 260 millions$ supplémentaires portant le total à 930 millions$ soit 519 milliards de FCFA. La première émission s’étant mal comportée, cette décision dénote d’un manque de stratégie ruineux pour le Congo. Essayons de comprendre ce qui se passe, en français facile.

Pour illustrer disons que le Congo imprime des appelés titres sur lesquelles est inscrit un montant, 10.000$ chacun par exemple, et en imprime pour une valeur totale de 670 millions de dollars pour le premier lot et les propose à la vente. Ceux qui les achètent (les souscripteurs), prêtent en fait l’équivalent de cette valeur à l’Etat qui doit le leur rembourser avec un intérêt fixé à 9,875%. C’est ce qu’on appelle un emprunt obligataire. En comparaison, la France dont les finances sont profondément dégradées comme chacun le sait emprunte à 3,5%. La Suisse en meilleur forme emprunte elle à moins de 0,50%. Il n’y a aucun favoritisme, l’argent n’a pas d’amis, que des garanties crédibles. Le Congo à 9,875% est donc dans un état financier qui appelle à se protéger contre le risque d’impayé, d’où une taux d’intérêt élevé. Sa note financière attribuée par les agences indépendant qui est de CCC+ souligne cette méforme. Le Niger, pays en guerre a la même note.

En dehors de provoquer des intérêts élevés, ce pessimisme aggrave aussi le capital même de la dette. En effet, le titre à 10.000$ se vend en réalité à 8.900$ sur les marchés au moment de la publication de cet article, soit une décote de 11%. Cela signifie que celui qui achète à 8.900$, va exiger au moment du remboursement, la valeur écrite sur le titre, soit 10.000$ en plus de ses intérêts calculés sur cette valeur faciale. Ce qui donne un intérêt réel final pour les souscripteurs de 9,875% + 11% de la décote du titre, soit 20,875%. C’est énorme!

C’est dans ce contexte que Christian Yoka qui reçoit donc moins que les 670 millions$ attendus, émet de nouveau titre pour 260 millions de dollars supplémentaires dans les mêmes conditions défavorables. Ainsi, lorsque le ministre des finances prétend que le fait que les premiers titres soient tous partis « est la preuve d’un engouement et d’une confiance retrouvée dans la discipline budgétaire du Congo et ses capacités à honorer ses dettes », c’est en réalité la preuve d’un bradage et d’une surendettement. Le pays paie très cher son manque de crédibilité financière. D’autant que cet emprunt ne va pas produire de la richesse pour s’autorembourser mais va servir à éponger d’autres dettes qui doivent être bouclées en février 2026, en prolongeant de cette nouvelle dette, plus chère, mais qui va courir jusqu’en 2032 et ne pas se retrouver en défaut de paiement qui est une situation très grave de perte de confiance.

Les solutions pour assainir les finances publiques congolais à court et long terme peuvent se résumer comme suit:

1. Améliorer la transparence dans le secteur des hydrocarbures et mettre en œuvre le Système Intégré de Gestion des Finances Publiques (SIGFIP). Ces réformes structurelles boostent la confiance des investisseurs avant même de produire leurs effets sur le terrain. Cela pourrait emmener à une baisse des taux d’intérêt des emprunts de 2 ou 3 points de pourcentage. Des eurobonds à 7%, avec des décotes possibles au début, mais de 2 à 5%. Pas à 11% bon sang !

2. Rationaliser les dépenses publiques : en priorisant les dépenses sociales en équilibre avec les investissements productifs; réduire exonération douanières et fiscales qui sont un manques à gagner de plus de 1000 milliards de FCFA chaque année, ainsi que les subventions non ciblées (même les installations de TotalEnergie bénéficient de la subvention à l’électricité !); réduire ou arrêter les transferts aux entreprises publiques qui doivent être axés sur les objectifs et la rentabilité.

3. Promouvoir la diversification économique en investissant dans les secteurs non pétroliers comme l’agriculture, la foresterie, le tourisme et les services (le numérique, l’énergie, le transport, l’agroalimentaire etc) pas pour en faire des entreprises d’Etat mais en améliorant le climat des affaires et en promouvant un patronat local en joint venture avec des partenaires solides en ciblant les secteurs à fortes capacités de création d’emploi et ceux à fort potentiel de prélèvement fiscaux. En résumé, créer des sources de croissance et de recettes plus résilientes et de long terme.

4. Lutter réellement contre la corruption, renforcer la transparence dans la gestion, l’efficacité des dépenses publiques et la gouvernance (compétence, numérique, fluidité aux fonctions, service mesuré etc…). Cela ne demande que de sortir de la logique de protéger les avantages d’un clan au pouvoir.

Hervé Mahicka

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